vendredi
Cf. Adam
L'odeur sur leurs t-shirt. Leur vaisselle pas faite. Leur air concentré. Leur manie d'être en retard. Les posters sur les murs de leurs chambre. Leurs sms. Leurs coups de gueule. Leur fougue, leurs baisers. Leur flegme, leur paresse.Leur manie de tout gâcher en une seule phrase idiote. Leur façon d'être à l'aise partout. Quand ils se regardent furtivement dans un miroir. Quand ils ne savent pas quoi mettre. Leur air perdu dans un magasin. Le bruit de leurs jeux vidéos. Leur respiration qui s'accélère. Leur rire qui éclate. Leur nonchalance.Leurs blagues grossières. Leurs rimes maladroites. Leur talent exaspérant.Leurs complexes puérils. Leur ignorance des convenances. Leur mauvaise humeur. Leurs réflexions blessantes. Leur humour désarmant. Leur culture.Quand ils ne savent pas porter une cravate. Quand ils fument trop. Quand ils lisent trop. Leurs mauvaises manières. Leurs petites manies. Leurs mères. Leurs potes. Leurs ex.
Tout ce qui fait qu'on ne peut pas se supporter, et que, pourtant, on ne peut pas se passer les uns des autres.
mardi
Inter-minables
Pourtant, je n'y comprends plus rien, à ce mot qu'on a toutes sur les lèvres. En fait, ce serait plutôt entre les dents, comme un bout de salade pas fraiche, encore pleine de sauce. Dès que je vois une fille sourire, je fais un bon en arrière : l'amour est là, vert, fripé, alien d'une autre époque, lubrifié à souhait et exhibé aux yeux de tous. Et ça me coupe l'appétit.
Pourtant, je vous adore, vraiment. Mais pourquoi faut-il que ce soit si dur, de s'y retrouver, de s'y comprendre, de s'y sentir au frais et au calme? C'est pas de votre faute, bien sûr. Ni tout à fait de la nôtre. Mais ces soubresauts à contretemps sont épuisants, j'y comprends rien.
Il voudrait bien. Il ne veux plus. Il n'en sait rien, au final, et pendant ce temps là, mon petit cervelet de pigeonne gambade, va paître la laitue des sentiments : la sauce douceâtre m'a complètement tourné la tête, et au final, je reste sur ma faim. On finit toutes seules, un vieux bout d'amour dans la bouche, un peu de bave sur le menton, les yeux écarquillés.
J'ouvre grand, très grand les yeux, et je n'y vois pas plus clair. C'est simple, pourtant. Mais la vie nous ferait presque croire qu'on ne maîtrise pas nos appels frénétiques, nos e-mails enragés, nos baisers volés et nos coïts enivrés, qu'ils sont dictés comme par une force supérieur qui nous entraîne, malgré nous. Notre volonté est ravagée à grands coups de brosse à dents, mais le petit bout d'amour est tenace.
Bref, tout ça pour quoi.
Pour dire que je fais n'importe quoi.
Que je dis des bêtises aux premières oreilles qui passent, que je ne sais pas m'énerver après les bonnes personnes. Que je me suis laissée ravager le cœur par un dément, et qu'aujourd'hui, je lui trouve tous les charmes du monde. Que je laisse ce qui devrait être la chose la plus pure, la plus magique, aux mains d'inconnus inquiétants. Que je crois aimer un fantôme, qui me hante : je me débats comme une folle pour le repousser, mais rien à faire. Que ni mon corps, ni mon cœur, ne sont capables de faire ce qui est bon pour eux. Que milles ombres m'entourent, se succèdent, ne se ressemblent pas, me font peur.
Que quand je crois que je l'aime, je ne sais même pas de qui je parle.
Bref, tout ça pour quoi. Pour dire que je fais n'importe quoi.
Et que la salade, c'est pas vraiment le meilleur plat du monde.
lundi
Ne jamais faire de classe prépa.
Vomir.
Tout ce dont tu peux avoir envie après avoir passé 6h le cul sur une chaise. Faut être taré pour se dire que tiens, ce serait pas mal, de faire ça toute l’année. Clair, ça t’ouvrirait des portes, ça ferait joli sur le CV, puis le lycée est bien côté, et puis la culture, la littérature, l’amour de la … Fuck. Vous leur dîtes, aux petits qui arrivent, que quand on a fait une année, on en fait une deuxième? Et que pendant la deuxième, tous les mercredis de 13h à 19h, c’est le cul sur une chaise à composer?
Et ils ont pas encore vu à quoi ressemble le concours blanc. Mais n’y allez pas ! Putain, vous plus belles années ! D’ici deux ans, vous regretterez, de pas avoir pris des cuites toutes les semaines, de pas avoir dormi à la belle étoile en fumant un joint, de pas avoir draguer, de pas avoir prit soin de votre peau, de pas avoir prit le temps de rien faire. Vous aurez le teint pâle, vous aurez mal au coeur, vous aurez du mal à ouvrir un bouquin.
L’an dernier, j’aimais pas les gens qui se plaignaient : après tout, on avait choisi, et on avait été choisi. Et puis, y’avait la passion… Elle est où, la passion, après 6h de dissertation? Il est où, le grognement de plaisir quand tu te cales sur ton canapé pour ouvrir ton Dostoïevski, ton Arendt, ton Balzac? Il est où, l’éclat de rire qui fait se retourner tout le wagon contre toi? L’oeil à peine humide, à la mort d’Hippolyte, à la mort de Joséphine, à la mort de Vincent et de tous ces cons que t’as aimé? Et le rouge qui te monte au joue, quand elle l’embrasse par surprise, quand ils se prennent, où quand ils s’avouent?
On nous l’apprends plus, ça. Oui oui, on a trouvé la parataxe en page 261, et l’anacoluthe au vers 502.
Moi, tout ce que je veux, c’est qu’on m’emmène encore au-delà du réel, qu’on me dise qu’il était une fois, même si c’est pas dans un royaume lointain. Qu’il était une fois un corps sans vie, un mystère, un indice. Qu’il était une fois, pendant la guerre, dans une maison bourgeoise à Paris. Qu’il était une fois, avant-hier, sous une tente plantée de travers. Qu’il était une fois, dans 50 ans, sur le bord de la navette Terre - Vénus.
Alors, n’y allez pas, les gars. Ou plutôt, allez-y, et dès que c’est fini, courrez dans votre canapé ronronner de plaisir.
vendredi
R'voir.
C’est toujours chiant, quand on s’blottit, et qu’on sait qu’il faudra partir. Si ça tenait qu’à moi, le temps serait une couette dont on aurait jamais à sortir. On aurait plus peur du moment où on a les pieds au froid. Où on remet ses vêtements. Où on passe la porte.
Parce que c’est ça, surtout, qui fait peur : savoir qu’il va falloir passer la porte. Puis, faire des choix, faire des promesses, essayer de marcher droit. Moi, j’aime pas marcher droit. J’aime me cogner dans les murs, et entrer par toutes les portes, me glisser sous toutes les couettes. Même si je sais qu’un jour, on a les boules, de devoir avoir les pieds froids.
Si ça tenait qu’à moi, y’aurait jamais d’après. La vie serait un long étirement de tout le corps, puis un soupir, et un sourire. On répèterait ça, éternellement. On sortirait jamais du lit. On aurait jamais froid, et on aurait toujours quelqu’un à qui sourire.
Quelqu’un a qui on serait pas obligé de dire au revoir.
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